Conte de l’archer chinois

Je ne sais pas si j'ai rêvé ce conte, ou si je l'ai lu quelque part, mais comme je n'ai pas réussi à le retrouver malgré de nombreuses recherches, j'ai décidé de l'écrire. 

L'archer chinois

Li Wei, un jeune homme chinois, allait bientôt participer au concours d’archers de Jinchang, le plus prestigieux concours d’archers de toute la Chine, auxquels participaient un millier de jeunes hommes venus de toutes les provinces de Chine. 

Li Wei avait été durement sélectionné parmi tous les archers de sa province, qu’il allait pouvoir représenter fièrement. Sa dextérité, sa vision, la précision de ses gestes, le soin avec lequel il préparait ses arcs, son savoir-faire, ses connaissances techniques, son ajustement par rapport au vent… tout cela l’avait aidé à surpasser aisément tous les autres concurrents du Jilin, et faisait de lui, sans nul doute, un des plus sérieux participants pour le titre de Meilleur Archer Chinois.

Li Wei arriva d’ailleurs facilement à se qualifier pour la finale, avec les 14 autres meilleurs archers du pays. Il fallait maintenant, à intervalle d’une heure, tirer 3 séries de 5 flèches. 

Pour la 1ère série, Li Wei se prépare mentalement. Il pense à tout ce que pourra lui apporter la victoire ; la gloire de la première marche du podium, l’admiration des autres concurrents, son nom dans les journaux, la médaille d’or, la somme d’argent promise en vainqueur, qui pourra enfin changer sa vie et celle de sa famille.

3 flèches dans le cercle extérieur de la cible, 2 flèches qui ne touchent pas la cible. 
L’enjeu était trop grand. 

Seule la meilleure série de flèches sera prise en compte. Il peut encore se reprendre.

Pour la 2ème série, Li Wei change sa technique de préparation : il pense à ce pourquoi il doit absolument gagner : pour ne pas rentrer chez lui en expliquant pourquoi il aura perdu, pour ne pas connaitre de nouveau la tristesse des tournois perdus quand il était petit, parce qu’il sait tout simplement qu’il vaut mieux que ce qu’il a fait en première série et qu’il ne peut pas échouer si sèchement, parce qu’il ne pourra pas supporter le regard des autres concurrents s’il termine dernier. Ce n’est pas possible.

1 flèche sur le bord de la cible, 4 flèches qui ne touchent pas la cible.

La peur l’a paralysé. Catastrophe! 

Pour la 3ème série, Li Wei se souvient des conseils de son maître : se recentrer sur sa respiration, ses sensations dans l’instant. Li Wei utilise donc cette heure pour se préparer. Il arrive sur le pas de tir, et ce moment apparaît soudain comme un moment de béatitude, un moment hors du temps : il n’y a plus que lui, sa respiration, ses sensations, la cible au loin qui se dessine précisément dans ses yeux. Il prend le temps de ressentir le vent, une légère brise chaude qui souffle depuis l’est-sud-est. Li Wei est décontracté. Il n’y a plus ni passé ni futur, seul l’instant présent, lui ses gestes, ses flèches et la cible. Il adapte à chaque tir la tension exacte avec laquelle il sait qu’il doit bander son arc. Il la reconnait à la sensation de la corde s’enfonçant dans ses doigts ; cette sensation qu’il connait par cœur. Et il décoche ainsi chacune de ses 5 flèches. 

5 flèches, en plein dans le mille.

La victoire, la gloire, le podium, l’admiration, la médaille, la somme d’argent… tout cela est pour lui désormais, même s’il lui fallut quelques minutes avant de le réaliser.