Coup de gueule contre Comme j’aime, à l’occasion de la journée internationale sans régime

Vous aussi, vous avez remarqué ? Cela fait maintenant plusieurs années qu’il est impossible de regarder la télé plus d’une heure sans voir au moins 3 pubs de chez Comme j’aime. Cette marque, maintenant rejointe par des concurrents ayant copié le concept use à outrance de tous les codes grossiers de la publicité sans vergogne et sans éthique. Pourtant, en promettant la perte de kilos par dizaines avec des plats tout faits, le concept est particulièrement dévastateur, et entraîne les clients à se couper de toutes les sensations de base qui sont les seuls à même de les réconcilier avec leur corps et avec leur alimentation.

En préambule, je tiens à mettre les points sur 3 i :

  • j’en suis moi-même passé par les régimes (pour moi c’était Dukan) et je sais quels sont les mécanismes en jeu. Je sais à quel degré de désespoir il faut en être arrivé pour s’en remettre corps et âme à ce que quelqu’un décide à notre place de tout ce que l’on va manger pendant des semaines. Je sais aussi le tourbillon émotionnel d’excitation et de frénésie que cela provoque de voir à quel point on perd rapidement et facilement les premiers kilos quand on a bataillé pendant des années pour se retenir de manger ci ou ça. Mais je sais tout aussi bien l’incompréhension et la surprise quand on perd si vite des kilos et qu’il est si difficile d’assimiler ce qu’il se passe. Je sais aussi comment l’effet yoyo qui suit presque inévitablement le régime ne fait qu’empirer le désespoir initial et comment il s’inscrit au plus profond de la mémoire corporelle. C’est mon expérience qui m’a amené à chercher d’autres approches pour gérer mon poids, et au-delà de ça, l’image que j’avais de mon corps, et m’a dirigé vers la sophrologie. Aujourd’hui, je m’exprime en tant que sophrologue qui accueille notamment des personnes complètement perdues face à la multitude d’injonctions parfois contradictoires au sujet de l’alimentation, et qui doit trimer pour les accompagner à retrouver leur libre arbitre et se reconnecter à elles-mêmes. 
  • nous n’avons pas tous le même poids de forme, ni le même IMC de forme. Ce ne sont que les diktats des réseaux sociaux et de la publicité qui nous ont poussés, de manière insidieuse, à considérer qu’il y avait un idéal de beauté et un type corporel que tout le monde pouvait atteindre. Or, de la même manière qu’il y a des grands et des petits, des blonds et des bruns, il y a des personnes avec un type morphologique plutôt mince et d’autres avec un type morphologique plutôt fort. Certaines personnes, quand elles sont soumises au stress, ont tendance à grossir, d’autres à maigrir. C’est bien que nous sommes constitués différemment. C’est notre diversité qui est fabuleuse et c’est par son acceptation que nous atteindrons l’acceptation de comment nous sommes nous-même. Demander, comme le fait Comme j’aime, combien de kilos nous voulons perdre, c’est enfermer les gens dans un idéal physique standardisé. 
  • non la 1ère semaine Comme j’aime n’est pas gratuite. La ficelle, répétée jusqu’à écœurement, est bien trop grosse pour ne pas être démasquée. Sur un forum, Annabelle, de chez Comme j’aime nous précise :

A 89€ la semaine pour le programme le moins cher, ne vous inquiétez pas pour eux, vous payez bien la première semaine. Au minimum, vous aurez donc à payer le renvoi de 3 semaines de repas. C’est LA formule magique qu’a trouvé ce modèle économique pour vous forcer (pardon, vous inciter) à garder et payer l’ensemble du premier mois.

La gestion des émotions, au centre de notre rapport à l’alimentation

Toute personne souhaitant apaiser son rapport à l’alimentation et ayant un tant soit peu analysé la manière dont elle mangeait se rend assez vite compte que ce qui la fait manger plus que de besoin, ce sont surtout les émotions désagréables. Une mauvaise journée au travail ? Un Mc Do pour me consoler. Une dispute dans le couple ? Et si je me faisais ce pot de glace qui me fait de l’œil depuis que je l’ai acheté il y a 2 semaines… Une odeur de pain au chocolat tout chaud en passant dans la rue ? Alors là, impossible de résister !

Nos émotions sont des vecteurs puissants de nos actions !

D’ailleurs, Comme j’aime, par les publicités dont ils nous abreuvent, nous montrent qu’ils l’ont très bien compris. Ils cherchent, avec une pointe de grossophobie parsemée au fil de leurs innombrables spots, à vous faire éprouver des émotions : un zeste de dégoût et une petite lichette d’admiration qui viendrait napper une bonne dose de culpabilité. Ils espèrent que ce sera ce cocktail d’émotion, secoué dans le shaker de la lassitude (celle de la répétition des pubs) qui viendra déclencher votre acte d’achat.

Prendre un peu de recul sur pourquoi et comment nous mangeons quand nous sommes en prise avec telle ou telle émotion, c’est absolument incontournable. La sophrologie (avec d’autres : je pense à la méditation, à l’EFT, mais la liste n’est pas exhaustive) a pour vous des recettes pour vous relier harmonieusement et doucement à vos émotions. C’est en appréhendant mieux les situations qui nous étouffent un peu au quotidien qu’on se libérera de la nourriture en tant qu’anesthésiant de nos émotions et en tant que remplisseur de vide.

Le cercle vicieux des régimes

C’est d’autant plus rageant de voir Comme j’aime jouer de vos émotions pour vous faire acheter leurs menus alors même qu’ils ne disent rien de la gestion des émotions en tant que condition essentielle à l’équilibre alimentaire.

Dans la palette des sentiments qu’il faudra réapprendre à gouter, il y a aussi la bienveillance, envers nous-mêmes, envers nos travers, envers nos imperfections, envers notre manière d’agir. Cela passe par une autre manière de vivre sa corporalité, de se libérer du poids du corps image pour se réconcilier avec son corps expérience. Il s’agit de se réapproprier le corps, par son vécu interne, pour donner moins de place à son corps comme une vitrine vue de l’extérieure. Cela va donc bien plus loin que de modifier son alimentation. Focaliser son énergie uniquement sur l’alimentation est la principale source d’échec des régimes. Ce n’est pas par le contrôle que l’on se libère de conduite que l’on souhaite changer, mais par le lâcher-prise.

C'est par ce lâcher-prise qu'il est possible de se reconnecter petit à petit à soi en se libérant des injonctions liées à la nourriture ou au besoin d'un corps esthétiquement idéalisé. Et surtout, c'est par cette libération qu'on arrivera peut-être à, tout naturellement et sans effort, retrouver notre poids de forme. Je parle bien du "poids de forme", et non pas du poids souhaité... Mais à ce stade là, vous aurez normalement lâcher-prise de vouloir atteindre un poids qui ne vous correspond pas.

Dit de manière un peu raccourcie : ce n'est pas en maigrissant que vous deviendrez heureux·se. C'est en étant heureux que vous maigrirez ; et si jamais vous ne maigrissez pas, tant pis, puisque vous serez heureux quel que soit votre poids. Et cette force intérieure-là, une fois gagnée, personne ne pourra vous l'enlever!

Vous savez mieux que les autres ce dont votre corps a besoin.

Ce dont Comme j’aime a besoin, c’est de vous vendre des programmes de nourriture suremballée et micro-ondable pour continuer à financer de nouvelles campagnes de pub (franchement, quand est-ce que ça va s’arrêter ?!). Ce dont vous, vous avez besoin, c’est de vous reconnecter à vous-même, à vos émotions, à vos pensées, et à votre corps.

C’est comme cela que vous apprendrez à vous fier petit à petit à vos intuitions, à vos envies, à ressentir vos besoins corporels. Et cela passe par le fait d’appréhender d’une nouvelle manière votre façon de faire les courses, une nouvelle manière sans doute d’envisager la préparation des repas. Peut-être faudra-t-il vous remettre à cuisiner un peu…  Lors de ces 2 expériences (les courses et la cuisine), vous ferez appel à vos sens : est-ce que ça a l’air appétissant ? est-ce que ça sent bon ? comment c’est au toucher ? et bien-sûr, quel goût ça a ? Il s’agit d’affiner votre nez, vos papilles, de refaire confiance à votre intuition sensorielle…

Je sais à quel point cela peut paraitre laborieux par rapport à un régime qui vous promet de vous faire perdre 4 kilos en 7 jours. Je peux pourtant aujourd’hui vous affirmer que c’est la condition sine qua non à ce que votre équilibre alimentaire soit durable et à quel point il est possible de développer ces capacités-là, pour peu que l’on sorte de l’approche simpl(ist)e des régimes.

En appliquant un régime, votre cerveau ne fera pas la différence avec un état de famine, et cela viendra ancrer une marque indélébile au plus profond de votre mémoire corporelle. Ce qui ne fera que renforcer l’effet yoyo.

« Adieu corvée de courses ! Adieu l’angoisse du menu ! Vive la liberté ! » annonce fièrement Comme j’aime… Génial ! C’est exactement le contraire de ce dont vous avez besoin pour retrouver un lien harmonieux à la nourriture. Quant au « Vive la liberté ! », là c’est vraiment la cerise sur le gâteau du n’importe quoi. A qui font-ils croire que la liberté est d’avoir une alimentation à 100% faites de plats déterminés à l’avance ?! De quoi peut-on se libérer en s’en remettant totalement à une entreprise à la stratégie de communication si agressive ?

Le plaisir, un ingrédient indispensable de la satiété

L’alimentation sert à nous donner les apports nutritifs dont nous avons besoin. C’est indéniable, et c’est ce qui fait que l’addiction au surplus de nourriture ou au sucre par exemple est une addiction à part. On peut vivre en arrêtant de fumer ou de se droguer. On ne peut pas vivre en arrêtant de s’alimenter. Du moins pas encore, et j’espère bien que les entreprises qui auront ce projet pour la société feront vite faillite.

Mais l’alimentation, c’est aussi du plaisir ! C’est du plaisir sensoriel (le crépitement de ce qui est en train de sauter dans une poêle, l’odeur des toasts grillés, les différentes textures présentes dans un plat, la surprise d'un coeur coulant qui se déverse d'un dessert ou d’un œuf mollet quand on lui donne le premier coup de fourchette). C’est du plaisir partagé entre amis lors d’un repas de fête ou d’un diner au restaurant. Et ce plaisir n’est accessible qu’à la condition de se laisser aller à un certain lâcher-prise.

Comme j’aime, c’est l’anti-plaisir, c’est l’anti lâcher-prise !

Où est la notion de plaisir quand on a tout ce dont on doit manger dans un carton et que l’on doit amener notre barquette micro-ondable à la soirée barbecue de notre meilleur ami ? Où est la notion de plaisir quand chaque repas consiste à transvaser le contenu d’une barquette dans une assiette, telle une vulgaire boite de conserve, et que rajouter une noisette de beurre ou d’huile serait sacrilège ? Où est le plaisir quand on ne mange aucun aliment frais pendant des semaines?!

Alors oui, se relier à ses envies et à ses besoins, cela passe, aussi, parfois, par la délectation d’un éclair au chocolat de notre boulangerie préférée, pour la simple et bonne raison que ça nous fait plaisir. Ce plaisir-là, c’est aussi un de nos besoins. Et c’est d’autant plus plaisant qu’on ne culpabilise pas et qu’on fait confiance à notre intuition corporelle et à notre lâcher-prise pour nous guider ensuite vers les aliments qui répondront à nos autres besoins. Ces nouveaux besoins viendront sans doute compenser le léger trop plein de sucre de notre éclair.

Le lien humain, un ingrédient phare d’une transition réussie

L’accompagnement téléphonique proposé par Comme j’aime est à la prise en charge diététique ce qu’un flan est au far breton (et tant pis si j'étale au grand jour ma bretonnitude dans cette phrase).

Un des aspects qui me tient à cœur, dans toute démarche de travail sur soi accompagnée par des professionnels, c’est la qualité du lien humain. C’est un peu mon dada ; ma marotte diront certains.

Quand on est en prise avec un tourbillon émotionnel, qu’on se sent un peu perdu et qu’on se sent seul face à un problème de poids qu’on a l’impression d’être le seul à vivre de cette manière (là encore, je sais par expérience de quoi je parle), ce dont on a besoin, c’est avant tout d’être entendu, compris, et considéré. Et c’est une illusion de croire que ce besoin peut être comblé par des conseillers minceur joignable par téléphone et travaillant pour une marque qui a surtout besoin de vous vendre des produits.

La qualité d’écoute, de présence, d’empathie, la communication non verbale, essentielles à l’accompagnement dans le cadre d’un nouvel équilibre alimentaire, et au-delà de ça, d’un nouvel équilibre de vie, ne passeront jamais par le téléphone. C’est pourtant, je dirais, ce qui fait 50% du succès de la transition vers ce nouvel équilibre. Pour cela, il y a des professionnels compétents : des sophrologues bien-sûr, mais aussi des diététiciens, des coachs, des hypnothérapeutes, etc… D’ailleurs, bien plus que le nom de sa spécialité, c’est ici à la confiance et la qualité du contact que vous arriverez à créer avec votre accompagnant qu’il faudra se fier.

Pour aller plus loin sur la question :

  • Le blog de Sabine Pernet, sophrologue dans le Pas-de-Calais, qui a une section dédiée aux questions de gestion du poids. Elle a notamment inspiré mon schéma du cercle vicieux des régimes.
  • Un article du Huffington Post : Les régimes sont ils dangereux? La preuve par 5.
  • Le site internet du G.R.O.S (Groupement de Recherche sur l'Obésité et le Surpoids), qui promeut une approche globale de la personne dans la gestion de son poids.