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Tout ce que vous avez dit est juste, mais en fait, la sophrologie est une méthode scientifique et empirique qui allie les connaissances et savoir-faire occidentaux et orientaux. On y pratique la relaxation dynamique, et j’ai plutôt envie de dire, de la méditation dynamique

Anne Jamelot-Bonnaillie (retrouvez ici son site) est sophrologue (mais aussi, notamment, praticienne EFT et animatrice de yoga du rire, elle aussi) à Vannes, en Bretagne. Dans son livre "Haute en tics", elle livre un témoignage sincère et authentique (vous l'aurez compris) sur son parcours et la manière qu'elle a eu d'apprivoiser son syndrome Gilles de la Tourette (vous l'aurez peut-être deviné) grâce à la sophrologie ; vous savez, c'est ce syndrome dont on parlait dans des reportages un peu tapageurs à l'époque où j'étais ado, avec ces gens qui ne peuvent pas s'empêcher de proférer des insultes à tout bout de champ. Si les insultes ne sont pas présentes chez toutes les personnes souffrant de ce syndrome, les tics en constituent toujours le symptôme principal.

Les tics, ce sont les symptômes extérieurs, particulièrement handicapants dans la vie sociale, mais le syndrome et la survenue de ces tics incessants entraînent également une multitudes de vécus internes ressentis par la personne, corporels, mentaux, et émotionnels. 

Tous ces symptômes (notamment les tics) sont amplifiés par le niveau de stress. Et c'est là qu'on imagine que la sophrologie a eu toute sa place dans la vie de l'auteure. 

Un des meilleurs écrits sur ce qu'est vraiment la sophrologie

Mais outre le fait de nous apprendre la grande utilité que la sophrologie a eu pour elle pour apaiser ses symptômes du S.G.T. (Syndrome Gilles de la Tourette), elle nous livre surtout dans ce roman une magnifique ode à la sophrologie et à ses bienfaits pour tout un chacun.

En quelques paragraphes, elle apporte une foule d'éléments qui peuvent permettre à toute personne non initiée de mieux percevoir ce qu'est la sophrologie et comment cela se passe concrètement en séance.

Si vous faites des recherches sur ce qu'est la sophrologie, son intérêt, les bénéfices que l'on peut en tirer, etc... premièrement, rappelez-vous que rien ne vaut le fait de l'expérimenter, avec le/la sophrologue qui vous correspondra, à vous.
Mais si vous insistez à vouloir du contenu écrit et théorique, Haute en tics est sans doute ce qui se fait de mieux pour vulgariser ce qu'est la sophrologie auprès du grand public et je vous invite à vous le procurer et à vous y plonger

Je tenais à partager ici un passage reprenant les bases des origines et surtout de l'intentionnalité que toute personne peut mettre dans des séances de sophrologie.
Anne (Julie dans le roman) reprend ici certains éléments que vous pourrez retrouver sur mon site, mais je trouve que dans ce passage, par sa manière d'écrire, elle réussit avec une simplicité déconcertante à planter le décor d'une première séance de sophrologie et à retranscrire les interrogations que les participants à nos séances ne manquent pas d'avoir ainsi que les réponses que nous nous efforçons de leur apporter, qui peuvent parfois les laisser dubitatifs. 

     Merci à elle de m'avoir autorisé à le publier ici.   

Pour vous donner un peu le contexte : Julie donne des séances de sophrologie dans un centre de vacances où tous les vacanciers peuvent donner des ateliers sur tout un tas de choses. Ce passage se situe au début de la première séance de sophrologie, où Julie fait le point sur ce que les participants peuvent attendre (si l'on peut dire ainsi) des séances : 

"Et Julie continue en demandant ce qu’est pour eux la sophrologie. Chacun y va de sa petite idée :
- C’est la respiration ?
- C’est pour les douleurs…
- C’est pour mieux dormir…
- C’est pour le stress…
- C’est pour être plus à l’écoute de son corps ?
- C’est comme le yoga ?
Amandine et Xavier regardent Julie qui esquisse un sourire et ils pouffent silencieusement.
- Moi j’en ai fait, mais pour l’accouchement, ce n’est pas pareil ?
- Ça aide à aller mieux dans sa vie…
- Ça aide à se détendre…

Et puis plus rien, comme si tout avait été dit. Alors Julie interroge du regard la personne expérimentée qui répond : « Ça développe la conscience ».

- Voilà, répond Julie. Tout ce que vous avez dit est juste, mais en fait, la sophrologie est une méthode scientifique et empirique qui allie les connaissances et savoir-faire occidentaux et orientaux. On y pratique la relaxation dynamique, et j’ai plutôt envie de dire, de la méditation dynamique, dans le but de développer la conscience humaine. Et donc les capacités mentales. Et ce en passant par la conscience du corps. Mais qui met aussi et surtout l’accent sur le développement de nos propres valeurs. Et c’est peut-être ce qui en fait sa spécificité. Alors je ne vais pas entrer dans une conférence sur la sophrologie, mais juste un peu d’histoire pour commencer.
La sophrologie a été créée dans les années soixante, au vingtième siècle, par le professeur Alfonso Caycedo, neuropsychiatre colombien, qui a ensuite travaillé à Madrid, puis s’est installé en Andorre. Pratiquant l’hypnose, mais n’étant pas tout à fait satisfait de la méthode, il est intéressé à la phénoménologie, que j’expliquerai brièvement tout à l’heure, et au yoga, puis est parti en Orient pour aller à la rencontre des méthodes de méditations et de travail sur la conscience autres que les méthodes occidentales. Il y est resté plus de deux années. S’initiant pour commencer au Raja Yoga, dans un ashram en Inde.
Puis il a rencontré le médecin du dalaï-lama à Dharamsala où il a été initié aux méthodes de contemplation bouddhiques, et enfin s’est rendu au Japon où il a passé beaucoup de temps à étudier le zazen auprès des différents maîtres dans plusieurs monastères.
Lorsqu’il est revenu en Espagne, il a commencé à mettre au point sa méthode avec la création du premier degré de Relaxation Dynamique, puis sont venus les second et troisième degrés. Le premier est inspiré du yoga, le second des techniques bouddhiques et le troisième du zazen. Ensuite, plus on avance et plus les techniques sont inspirées du Zen, qui est d’ailleurs une branche du bouddhisme. Il y a douze degrés en tout. Mais quand on pratique régulièrement les 3 premiers degrés, c’est déjà énorme vu tout ce que l’on expérimente.

Une voix s’élève :
- Donc c’est bien comme le yoga ?
- Non. C’est inspiré du yoga, pour commencer, mais aussi de beaucoup d’autres méthodes orientales, comme je viens de l’expliquer et autant de pratiques occidentales. Et la base est aussi l’hypnose, même si on s’en écarte beaucoup en sophrologie. Tu verras que c’est quand même très différent du yoga, dans la pratique et dans la pédagogie. En fait, Caycedo a beaucoup étudié toutes ces techniques, orientales et occidentales, et avec ses recherches en neuropsychiatrie, il a créé une méthode nouvelle, complètement originale, qui permet l’étude de la conscience humaine pour aller vers l’harmonie. Ou, comment développer sa conscience pour aller vers l’harmonie corps-esprit. C’est un peu comme s’il avait mis tout ce qu’il connaissait dans un shaker, l’avait filtré longtemps, et en avait tiré l’essentiel, pour en faire une méthode à la fois scientifique, expérimentale et à la portée de tous.
C’est un magnifique cadeau car tout le monde ne peut pas se permettre d’aller en Inde ou au Japon et se mettre à étudier toutes les méthodes existantes pour aller de mieux en mieux. La sophrologie, c’est pratique, surtout pour les occidentaux que nous sommes, et en même temps très poussé, très profond si on veut bien s’y plonger sérieusement. Plus j’avance, plus je trouve cette méthode admirable par sa logique et par les transformations qu’elle opère en nous.
- Ça veut dire quoi «  sophrologie » ?
- Ça vient d’un néologisme à partir du grec sôs, que l’on peut traduire par « bien portant », « harmonie », phrên, que l’on peut traduire par « cerveau », et par extension « conscience », et logos, qui signifie « discours » ou « étude ». On peut donc dire que la sophrologie est une méthode de travail sur la conscience pour développer l’harmonie entre le corps et l’esprit, ou l’étude de la conscience harmonieuse. En gros, c’est comment mieux se connaitre pour être de mieux en mieux dans sa peau, pour être vrai ! Et cela est d’autant plus percutant que la sophrologie s’intéresse aussi aux valeurs existentielles et humanistes propres à chacun, permet d’en prendre conscience et de les développer. C’est un aspect hyper important, essentiel en sophrologie.
- Tu as parlé de la phénoménologie tout à l’heure, rappelle Xavier très attentif.
- Ouiii, j’y viens ! (…) La phénoménologie, en gros hein, c’est un courant philosophique, initié par Husserl qui propose d’aborder chaque chose, chaque objet, chaque événement, autrement dit chaque phénomène comme si c’était la première fois. C’est-à-dire que l’on suspend son jugement, on met entre parenthèses tout ce que l’on sait, toutes les expériences passées pour s’intéresser au phénomène tel qu’il est vécu, ressenti, expérimenté dans l’instantanéité. On fait rarement ça, n’est-ce pas ? Ou en tout cas, pas en conscience… car tout cela se fait dans la conscience de ce qui est expérimenté. Et c’est ce que je vais vous demander pendant toute la séance ! C’est chouette non ?
- Comment ça ? Je ne comprends pas, on ne va pas se détendre ?
- Hahaha ! J’adore ! Noooonnn ! Vous allez travailler… ajoute Julie d’une voix diabolique.
- Ben merde, je m’en vais… dit Amandine en faisant mine de partir.
- Dommage, tu ne pourras pas comprendre ce que je t’expliquerai à propos de mon S.G.T…
- Bon alors je reste. Grrr !

Toutes deux rient. Et Julie continue :
- En fait, Caycedo qualifie la sophrologie de « pédagogie de l’existence ». Et c’est justement en se basant sur la phénoménologie que cela prend tout son sens. Quand je vais vous demander, tout de suite, on y arrive, de prendre conscience de votre corps, de votre respiration, de vos pieds, vos appuis, etc, ce sera comme si c’était la première fois, c’est-à-dire sans a priori, sans rien attendre, sans commentaire, sans préjugé ni interprétation hâtive. Car si vous abordez la respiration en vous disant « ah ça je connais, et puis je vais sentir ci et ça », c’est foutu ! Les préjugés sont des œillères qui nous empêchent d’être à la découverte, de s’ouvrir à d’autres sensations, d’autres expériences, d’apprendre. Et ce n’est pas forcément plus facile pour les gens qui font du yoga justement, car la tendance à vouloir comparer est grande au début. Mais là, on est dans la théorie et vous allez vor que dans la pratique ce n’est pas tout à fait ce à quoi on s’attend au départ. D’où l’intérêt de ne rien attendre. Rien attendre de la séance et rien attendre des exercices.
- Mais on attend forcément quelque chose puisqu’on est là. Et quand on fait quelque chose, on attend forcément un résultat !
- Inexact, et exact. Vous venez ici parce que vous espérez quelque chose, vous espérez que la sophrologie vous apporte quelque chose, ou vous soulage, ou vous guérisse même.
- Mais tu te contredis !
- Non, ce n’est pas une contradiction, mais un paradoxe. Et vous constaterez en pratiquant régulièrement la sophrologie, que tout est finalement paradoxal. Les croyances, les certitudes que vous avez sur certains sujets vont finalement s’avérer différentes, ou erronées. Vous espérez quelque chose en venant ici, mais en faisant la séance, n’attendez rien, aucune sensation particulière, rien d’extraordinaire, aucun résultat. L’attente crée un stress qui vous fera passer à côté de l’expérience. Et l’attente crée de la frustration. Vous comprendrez en faisant. La sophrologie se pratique, c’est une science de l’expérience. C’est en vivant les expériences consciemment, de plus en plus consciemment…
- En pleine conscience ? interrompt un vacani.
- En pleine conscience ? Hou là ! On n’y est pas encore ! La sophrologie développe la conscience à tous les niveaux pour aller, cheminer vers la pleine conscience, mais on ne l’atteint jamais. On y travaille ! On s’améliore un peu chaque jour. Objectivement, penser que l’on peut atteindre la pleine conscience est une illusion. Du moins, pas de notre vivant, soyons honnêtes et un peu modestes. Après la vie, je ne sais pas, je ne l’ai pas encore expérimenté ! Donc, cool, on fait ce qu’on peut ! Mais on le fait, on s’y met sérieusement, on s’en donne les moyens ! Notamment avec la sophrologie qui explore toutes les dimensions de la conscience… ou presque.
Pour terminer les explications avant la séance, je vais donc vous inviter à être dans l’accueil des sensations et de tout phénomène quel qu’il soit, donc sans a priori, sans rien attendre, sans jugement ni commentaire de ce que vous remarquez, observez dans votre corps, sans analyse ni interprétation du pourquoi du comment. Bref, tel quel, dans l’accueil, O.K. ? Je vais vous expliquer ce que l’on va faire pendant la séance, ensuite, on la pratiquera ensemble et après la désophronisation, c’est-à-dire quand vous reviendrez à un niveau de vigilance ordinaire, comme dans la vie de tous les jours, vous pourrez vous exprimer sur ce que vous aurez senti, remarqué, observé, vécu pendant votre séance. Il ne s’agit pas de raconter sa vie, mais juste ce que vous avez vécu dans votre corps, pensé peut-être ou éprouvé. Ce n’est pas une obligation, mais cela fait partie intégrante du jeu. Vous pouvez aussi écrire ce que vous avez vécu. Ça aussi, c’est fortement recommandé. Avez-vous des questions ?
- Et si on n’a pas envie de parler, ou qu’on n’aime pas ça ?
- Alors tu le dis : « Je n’ai pas envie de parler ». C’est déjà s’exprimer que de le dire. On va faire l’expérience et après, vous pourrez de nouveau poser toutes les questions, toutes les interrogations qui vous viennent. On est là pour découvrir. Prenez ça comme un jeu."

Anne Jamelot-Bonnaillie, Haute en tics,
Books on demand, 2018, 345 p.

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Thomas Ley